La nécessité de concilier une identité commune et une internationalisation de
plus en plus rapide du réseau (5000 succursales dans 60 pays) s'exprime chez
ADECCO notamment au travers du programme International de mesure " You and
Adecco ". Sophie Souhaité, en charge de la Direction Qualité de ce groupe de
travail temporaire nous fait découvrir les grands points de cette initiative
ainsi que la politique Qualité.
Quels ont été vos objectifs en tant que
directrice Qualité Internationale au sein d' ADECCO?
Mon arrivée au poste de directrice Qualité du groupe
Adecco a correspondu avec une période de fusion importante des deux Entreprises fondatrices du
groupe Adecco. Le système qualité a été un manière d'analyser nos organisations
et nos process et de définir en commun des orientations cohérentes. Il est vrai
que nous démarrions de 2 situations vraiment différentes avec des sociétés ayant
des cultures et des identités assez éloignées.
Nous avons mis en place deux axes pour conduire cette
démarche. D'abord, Adecco a pris la décision d 'axer la démarche qualité sur
l'amélioration constante de la satisfaction de nos trois clients : les
collaborateurs permanents, les intérimaires et les
entreprises clientes d'Adecco. C'est le programme " You and Adecco ".
Ensuite,
nous avons profité de l'évolution des normes ISO pour réaffirmer le choix de ce
référentiel qualité chez Adecco et vraiment intégrer la qualité dans le
management ADECCO. Il faut savoir que chez ADECCO, la direction qualité est trés impliquée dans les opérations et l'organisation du réseau, nous avons
donc une conception assez large est trés "terrain" de la fonction qualité .
Pouvez-vous nous parler
du programme "You and Adecco" ?
Ce programme formalise notre volonté d' accroître la
satisfaction de nos principaux clients décrits plus haut. Ce système mesure la
satisfaction et d'autres indicateurs opérationnels comme le taux de fidélisation
des clients ou des intérimaires ou le turn-over des permanents. Nous avons donc
lié les indicateurs de satisfaction à des indicateurs opérationnels. L'idée de "
You and Adecco " est d'avoir un tronc commun de mesure dans tous les pays avec
des questionnaires ayant tous la même base pour consolider les
données,
obtenir des tendances, communiquer à nos clients.
De façon concrète, il y a
donc trois mesures concomitantes ayant des rythmes
différents portant sur nos
collaborateurs permanents, nos collaborateurs intérimaires et nos clients
finaux. C'est une pratique assez innovante qui nous permet de faire du benchmark
interne et mieux définir les politiques d'améliorations, à partir des meilleures
pratiques existant déjà dans le réseau. Tous les pays n 'ont pas encore mis en
oeuvre le programme "You and Adecco" dans son intégralité .Le programme a débuté fin 1999 avec les clients et intérimaires, et aujourd'hui les questionnaires de
satisfaction clients, mis en place en priorité sont effectifs dans la totalité du réseau.
Pourquoi cette revue 360° et est-elle spécifique
à ADECCO ?
Cette démarche part d'un idée simple applicable aux activités de service en
général qui est que la satisfaction est liée à la perception de la qualité du
service par le Client. Dès lors, les acteurs du service ont donc une importance
considérable dans cette perception. Un client final ne peut être satisfait de la
prestation ADECCO que si l'intérimaire, qui tangibilise cette prestation est
lui-même satisfait de la prestation d'ADECCO et que le collaborateur permanent
est "engagé" et satisfait de son travail. Cette idée de " Chaîne de la valeur "
n'est pas nouvelle. Dans notre activité, nous pensons que le lien entre le
niveau de satisfaction des collaborateurs permanents, des collaborateurs
intérimaires et des clients est très fort.
Cette démarche d' écoute des intérimaires
permet-elle d'obtenir une meilleure implication de leur part ?
"You and Adecco" nous permet d'afficher clairement notre
intérêt pour nos intérimaires. Leur point de vue nous concerne au plus haut
point . Cette revue 360° est un véhicule tangible pour exprimer cet intérêt.
Puis, autour de cet outil, de nombreuses actions sont mises en place comme des "
groupes de réflexion " qui sont menés avec des intérimaires sur certains points
qui apparaissent comme un peu faibles au vu des résultats d'enquêtes. On peut
ainsi en parler et mettre en place des améliorations.
Comment assurez-vous la diffusion de vos
résultats et quelles sont les conséquences ?
Cela dépend des pays et de leur organisation. Nous
souhaitons quoiqu'il en soit avoir des indicateurs de tendances qui remontent à la direction
qualité de chaque pays. Mais aussi et surtout, nous souhaitons que les résultats
soient très proches des acteurs du service afin de rester très réactifs.
Il nous semble déterminant de favoriser la réactivité locale et l'appropriation
de la démarche qualité par les différents acteurs du service. La
communication est donc surtout locale actuellement. Par la suite, nous aurons un
benchmark international suffisant pour travailler sur les chiffres au niveau du
groupe. Ce qui me paraît important est que celui qui prend connaissance du score
de satisfaction soit celui qui puisse engager une action à partir de
l'analyse de ce score. Par la suite, il faut consolider tout cela pour être sûr
de ne pas avoir des tendances lourdes qui affectent le système.
Pouvez vous nous parler du programme de démarche
qualité autour de ISO ?
Nous avons voulu réconcilier les procédures qualité avec
les procédures opérationnelles. Les procédures qualité doivent être des repères
simples et utiles, qui servent de référentiel de formation, d'information pour les
collaborateurs ou d'engagement pour nos clients et intérimaires. Nous avons
tenté de démystifier la norme pour en faire une ligne conductrice commune à tous
les pays. Par exemple, nous développons l'idée de grilles d'audit qui couvriront
l'ensemble des nécessités opérationnelles , les risques juridiques et
financiers, la maîtrise de la sécurité sur le lieu de travail etc.. et non plus
seulement les spécificités ISO. Nous visons donc un " monitoring " global.
Afin de créer cette cohérence entre ISO et notre métier, nous avons défini
des processus métier "clé" - en fait nous parlons plutôt "d'organisation type",
ou de "Business model", qui couvrent largement ceux qu'exige ISO.
Lorsque
l'on raisonne à un niveau international, on doit définir une orientation commune
mais on ne peut pas rentrer dans des procédures communes car on touche à des
spécificités de recrutement, de législation ou d'infrastructure informatique
propre à chaque pays. Il faut juste définir la finalité de chaque processus sans
rentrer dans sa description détaillée. Nous avons identifié 14 processus chez
ADECCO qui apparaissent essentiels pour assurer la satisfaction de nos 3
clients.
Quel est le secret d'une " ossature " mondiale
réussie ?
C'est tout d'abord la simplicité des mots ( pas de jargons de qualiticiens)
et ensuite l'aspect générique et très opérationnel des recommandations. Il ne
faut pas recréer un système à côté du système. Le système qualité doit englober
la totalité de notre organisation. Le référentiel doit être conforme à ISO mais
surtout conforme à l'idée que l'on se fait de ce qu'est notre métier.
Vous pratiquez la logique ISO dans tous les pays
?
Dans certains pays comme les pays anglo-saxons, ISO est moins bien perçu
qu'en France ou dans les pays latins. Nous laissons donc chaque pays décider
d'aller ou non vers la certification, mais de toutes les façons ils
intègrent tous une démarche qualité assez similaire.
Dans les pays où
l'obtention de la certification n'est pas l'objectif, ISO nous a néanmoins
aidé a avoir une ligne directrice, un langage commun. C'est un moyen et non une
finalité. Notre système qualité est conforme à ISO mais cherche à aller plus
loin.
Qui est à l'origine de la démarche?
C'est une évolution du groupe Adecco qui a toujours eu
une orientation client très forte. Mesurer la satisfaction client a toujours fait partie des
processus d'ADECCO. L'évolution du métier nous a aussi conduit à intégrer dans
ces démarches de plus en plus d'acteurs. Les marchés de l'emploi sont très
difficiles et la difficulté principale pour Adecco est souvent de trouver les
bonnes compétences . Si nous voulons attirer les candidats aux portes des
centres de recrutement ADECCO, il faut que nous nous assurions de la qualité de
notre prestation a leur encontre.
Cette stratégie facilite-t-elle
l'internationalisation du groupe et l'intégration de filiales ?
Oui, c'est un langage commun. Cela permet d'avoir des
repères sur les standards ADECCO. Les manuels qualité aident beaucoup, par
exemple, pour savoir comment structurer un réseau d'agence. Quand l'ensemble du
programme
You and Adecco sera mis en place , nous aurons
un outil extrêmement puissant qui sera le reflet de la cohérence de notre positionnement
international.
Quel est l'avenir de votre démarche
?
Il s'agit de consolider l'utilisation des données d'enquête de
satisfaction et de construire nos référentiels internes ( via Internet),
simple à consulter d'un clic de souris. Nous voulons un synergie forte
dans tous les pays autour de la démarche Qualité. En reliant les indices de
satisfaction avec les indices opérationnels et de fidélisation, nous pourront
avoir des tableaux de bord commun.
Notre avenir c'est aussi l'obtention des
nouvelles normes ISO version 2000 pour les pays qui n'y sont pas encore. Nous
pourrons ainsi mettre en place au niveau international un processus
d'amélioration continue qui va aller au-delà d'un simple pays (benchmarking
interne).
D'autres projets sont en cours comme la mise en place de guides
d'auto-évaluation, qui tout en s'inspirant des normes ISO , permettront un
pilotage opérationnel complet basé sur la responsabilisation des collaborateurs
internes.